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PHOTOSHOPER, C’EST TRICHER ?

A ses débuts, la photographie a eu impact très fort puisqu’elle enregistrait la « nature » de manière plus réaliste que n’importe quelle autre forme d’art. Ce qu’on voyait sur un cliché était la « vérité ». Alors, avec l’arrivée de la manipulation d’image, deux écoles s’affrontent : les « pour » et les « anti » Photoshop. Les débats sont passionnés sur le sujet. Les « antis » pensent que la vraie beauté est dans la nature. Retoucher c’est altérer la réalité et amène toujours à une pâle représentation de celle-ci.  Les « pour » considèrent que finalement, « qu’importe le breuvage tant qu’il y a l’ivresse !». En d’autres termes, si l’œuvre procure des émotions, l’outil n’a pas d’importance, c’est juste un moyen.

ENTRE FICTION ET RÉALITÉmignature-move-it-Cheat-V2

Bien sûr, il existe des domaines de la photographie où photoshoper c’est tricher. Un photojournaliste qui réalise un reportage de guerre ne peut décemment ajouter des personnages ou du sang sans risquer la faute professionnelle. Ils sont chargés de rendre compte avec exactitude d’une réalité dans un espace temps spécifique. Dans ce cas, retoucher lourdement une image serait effectivement mentir.

Mais ne change-t-on pas de logique lorsque la photographie devient un moyen d’expression artistique ? Les artistes racontent une fiction. Ce que l’on photographie n’est pas une personne mais un personnage, élément d’une narration. Si la photographie s’inscrit dans une démarche créative, pourquoi ne pas utiliser tous les outils à notre disposition afin de maximiser le niveau de contrôle qu’on a sur notre image.

PHOTOSHOP ET ÉTHIQUE

Photoshop est donc à proscrire lors de reportages photo et, au contraire, à encourager dans les démarches artistiques.

Cependant, dans certains cas, des questions éthiques se posent lorsqu’on manipule une image. Prenons le cas d’un shooting pour le book d’un mannequin. Il faut le présenter de la manière la plus valorisante possible tout en conservant une image fidèle de ce qu’il est.  A une époque où les modifications sur une image sont indétectables, à quel moment dépasse-t-on les limites de l’éthique ?

L’éthique, c’est un ensemble règles que l’on s’impose dans notre pratique professionnelle. Pour ce qui me concerne, je suis ces quelques principes : ce qui constitue de l’identité du modèle, les taches de naissance, point de beauté et autres cicatrices doit être impérativement préservé. Autrement, on le dénature. En revanche, tout ce qui est passager peut être modifié. Tout ce qui ne sera probablement plus là la semaine suivante, petits boutons, légère prise de poids est, en complicité avec le modèle, corrigé. La raison est simple : on ne se fait pas photographier par un pro tous les jours. Ce sont des clichés pour la postérité, qu’on imprime, et qu’on montre. Il serait dommage d’immortaliser une coupure de rasoir ! Et d’expérience, je n’ai jamais vu un modèle se plaindre lorsque j’enlève un duvet disgracieux, des taches, ou quelques kilos.

LES DÉTRACTEURS DE PHOTOSHOPUntitled-1

Pour avoir eu d’innombrables discussions avec des opposants à Photoshop, je crois être capable de dessiner un profil type des photographes qui sont contre le post-traitement. Les photographes les plus virulents ont souvent une ignorance totale de l’utilisation et du fonctionnement de Photoshop. Ils pensent généralement que ce logiciel est synonyme de changement drastique sur les images. Ils se disent militants de la « lumière naturelle » et savent rarement comment utiliser un flash. Ils défendent maladroitement leur médiocrité en pointant du doigt les autres photographes : « ils utilisent Photoshop, il trichent ! ».

Cette résistance est vaine. Tous les photographes sérieux Photoshopent. Ils ne s’en cachent pas d’ailleurs. Et le public, parfaitement informé sur ce point, continue à s’enthousiasmer par de telles images. Il suffit de regarder les photos les plus populaires de 500px ou de 1x pour s’en convaincre.

Pour ma part, je ne vendrai jamais un cliché à un client sans post-traitement. Pas pour corriger les faiblesses de mes prises de vue, mais pour leur ajouter ce supplément d’âme qui fait la différence.

Ismael Gros

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